Groupe vocal Gymel Paris-St. Maurice. Direction : Pierre Louis Godeberge

Un entretien avec Pierre Louis Godeberge, chef de chœur

31 décembre 2017

PLG-Cercanceaux.

Pierre Louis Godeberge, vous êtes musicien, chanteur, chef de chœur et chef d'orchestre. Vous enseignez, vous êtes professeur de direction de chœur au Conservatoire Nationale de Région de Tours, vous avez été chargé de cours à l'université de Tours, vous dirigez de nombreux chœurs à Tours et à Paris. Comment et quand avez-vous découvert votre goût pour la musique ?

            PL : Je suis issu d'une famille musicienne, avec une grand-mère chanteuse d'opéra d'un côté, et de l'autre des grands-parents, musiciens amateurs, violoniste et pianiste. Jeune, j'allais aux concert des JMF, ou avec mes parents ; j'étais inscrit aux « Musigrains », des concerts éducatifs pour les enfants. Mais, si l'on en croit les normes, j'aurais commencé la musique avec dix ans de retard, à l'adolescence, quand d'autres l'arrêtent ! Je me suis alors inscrit dans un conservatoire pour étudier la flûte puis, à 20 ans, j'ai commencé à étudier le chant. Là aussi, je n'ai pas suivi un parcours conventionnel : je suis ensuite devenu chef d'orchestre, avant de me spécialiser dans la direction de chœur.

 

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir chef d'orchestre ou chef de choeur ?

            PL : Pour diriger un orchestre, outre des études d'écriture musicale, d'harmonie, de contrepoint, d'orchestration, etc., il faut savoir jouer d'au moins un instrument et avoir fait partie d'un orchestre ; pour devenir chef de chœur, il faut avoir étudié le chant, la voix, mais aussi la littérature, la poésie, le théâtre, les langues… Un chanteur doit aussi pouvoir chanter en italien, en allemand, en latin, en hébreu, en russe… et même en français !

 

Pour devenir choriste faut-il connaître la musique ou savoir chanter ?

            PL : Les chanteurs choristes amateurs peuvent ne pas nécessairement connaître la musique au début. Le chœur est une voie royale pour aborder et pour connaître la musique de l'intérieur : on pourra vous y accueillir pourvu que vous ayez une voix et une oreille. Après, il s'agira de progresser et, pour cela, de travailler.

 

Tout le monde peut faire partie d'une chorale, même quelqu’un qui chante faux ?

            PL : Oui mais sachez que l'on chante très rarement « faux ». Car, à moins d'avoir un problème neurologique ou auditif, si l'on vous dit que vous chantez faux, c'est par manque d'entraînement et d'éducation ou que l'on n'a pas su développer votre oreille, votre confiance en vous-même et révéler vos capacités vocales.

            C'est malheureux à dire mais en France, contrairement à beaucoup de pays, on ne chante pas assez — et surtout on ne chante pas assez tôt. Si de jeunes enfants chantent mal ou faux, laissez-les faire, ne les jugez pas : au début, ils font parfois le « bourdon », ils sont inhibés ou ils crient. Soit ils n'osent pas, soit ils forcent et fonctionnent comme un moteur dont le carburateur est mal réglé : ils consomment trop d'énergie pour peu de résultat. Or il faut éduquer les jeunes chanteurs, chanter devant eux et pour eux ; petit à petit, créer en eux un circuit réflexe audio-vocal, en leur révélant le plaisir de chanter, en leur apprenant à s'écouter et à écouter, en leur donnant confiance en eux et en les encourageant à se servir de leur voix.

 

Alors, comment règle-t-on, ou comment « accorde-t-on » un chanteur ?

            PL : Pour régler le piano il faut non seulement la clef qui tourne la cheville pour tendre la corde mais il faut surtout l'accordeur de piano et… son oreille. D'où l'importance, pour le chanteur amateur, d'avoir un bon professeur ou un bon chef de chœur, ceci dès le début.

 

Tout le monde peut-il « entendre la musique » ou peut-il avoir une oreille musicale ?

            PL : Il s'agit de développer l'audition intérieure. Prenons l'exemple de l'écrivain : tout en écrivant, il voit ses personnages vivre. Pour cela il se nourrit de ses souvenirs, de ses expériences et de sa vie. Le musicien, de même. Vous ‘entendez' que cela ‘chante' en vous mais vous ne le savez pas toujours.

            Je vous proposerais un bon exercice à faire avec un minimum de deux personnes : l'une d'elle chantera une chanson — mettons Au clair de la lune, tournée vers l'autre personne. Soudain, elle cessera de chanter, arrêtera le son mais continuera d'articuler les paroles de la chanson avec ses lèvres. Que se passera-t-il ? Sans y prendre garde, au début, vous entendrez chanter la chanson en vous, votre ‘oreille intérieure' aura pris le relais sans que vous le lui ayez demandé.

            C'est de cela qu'il s'agit lorsque l'on parle d'« oreille musicale » : à la fois mémoire, mimétisme, audition intérieure, le tout allié à une bonne concentration et le soutien de votre imagination.

 

Chez les peuples dits « primitifs » la musique semble à la portée de tous ; alors que dans notre société soit-disant développée, la musique est réservée à une minorité. Pourquoi ?

            PL : C'est bien là « la trahison des clercs » : tandis qu'à la foule on jette en pâture des horreurs, la grande musique, la musique dite « savante » est trop souvent une affaire de spécialiste. C'est pourquoi, pour amener le public à la vraie musique, celle qui doit nous élever et combler nos besoins d'expression et de beauté, tous les moyens seront bons ; le chant choral en est un, le plus immédiat.

            Qui que vous soyez, vous pouvez, et vous devez pouvoir accéder à la musique. Souvenons-nous de ce que disait le regretté Jacques Chancel : il disait vouloir « présenter au public non pas ce qu'il aime – et connaît déjà -, mais ce qu'il pourrait aimer ».  Vulgariser, oui, mais sans démagogie. Partager notre savoir, avec de la patience, de la science et du travail. Car la musique « fast food », ça n'existe pas. Même à la « StarAc » ou à « The Voice », il aura fallu travailler pour réussir ! On doit donc laisser mûrir la musique en soi. Cette une notion difficile à transmettre dans notre époque pressée. Or, « ce qui n'est pas fait avec le temps, le temps le défera… ». Si l'on veut obtenir un résultat immédiat, sans effort, sans concentration, le but sera manqué.

 

La « Fête de la musique » est un accès ?

            PL : Cela peut donner envie, mais de quelle « fête » s'agit-il ? De « quoi » est-ce la fête ? La musique amplifiée et la musique commerciale règnent dans les rues ! Confusion et démagogie, encore !

            Non, en France, depuis Landowski et Lang, il y a des orchestres, des écoles de musique et un peu plus de musique à l'école… ; le nouveau ministre de l'Education nationale Blanquer semble donner quelque espoir et vouloir redresser la barre. Rappelons qu'il y a aussi de très bons conservatoires, avec de très bons artistes et de très bons professeurs et des concerts ! Rappelons aussi que les chœurs amateurs n'ont jamais été aussi nombreux en France qu'à l'heure actuelle.

 

Est-il obligatoire de faire un ou deux ans de solfège avant de toucher un instrument ?

            PL : Non, c'est une idée très répandue mais fausse : apprendre le solfège sans avoir chanté ou avant même d'avoir touché un instrument, c'est comme apprendre la grammaire à un nourrisson avant qu'il sache parler !

            Oui, il y a des pesanteurs dans l'enseignement musical français traditionnel : ces pesanteurs proviennent non pas du Moyen Âge mais du XIXe siècle : après la Révolution et la destruction de la quasi-totalité des maîtrises des cathédrales françaises, l'éducation musicale des jeunes musiciens s'est détournée du chant comme base, jugé trop « Ancien Régime », pour former principalement des instrumentistes d'orchestres (militaires !) ; d'où la nécessité de savoir lire les notes, le plus tôt et le plus vite possible. D'où ce solfège omniprésent dans les conservatoires français.

 

Le solfège ne sert-il pas à lire la musique ?

            PL : Non, il sert à lire des partitions. Or l'humanité a commencé à chanter avant de solfier ! Le système solfégique, c'est une notation, c'est un codage. Ce codage permet un stockage, il permet la transmission.

            Les chantres médiévaux qui ont voulu fixer leurs improvisations, leurs trouvailles ou leurs compositions, ont inventé une sténographie musicale, une sorte d'aide-mémoire : ils ont inventé les neumes, puis la portée, les clés, etc.

            Mais, en France, souvenons-nous qu'à une époque pas si lointaine on chantait sans traces écrites, par transmission orale, familiale ou de maître à élève. Les musiciens ‘folk' actuels ont heureusement renoué avec cette tradition et ce mode de transmission.

 

La partition est-elle suffisante pour transmettre une œuvre chantée ?

            PL : La partition est une sténographie qui ne retransmettra jamais ni le timbre, ni le son, ni l'expression : c'est tout sauf une matière vivante car la notation n'est pas la musique, la lettre n'est pas l'esprit, la carte n'est pas le territoire. L'orgue de barbarie, avec ses immuables cartons perforés, ou un disque 33 tours ou un CD rendront toujours les mêmes sons et dans le même laps de temps ! Or une « noire », une « blanche » peuvent être plus ou moins rapides selon l'endroit ou le moment.

            Le musicien vivant, comme le comédien sur scène, donnera un temps et un souffle au texte de l'œuvre. Celui qui « joue seulement les notes », que ce soit d'une Aria de Bach ou d'un Prélude de Chopin, est un automate, pas un artiste.

 

Quel conseil donner à un débutant qui veut apprendre la musique ?

            PL : Celui de s'inscrire dans une chorale, dans une école de musique, écouter de la musique, France Musique, Radio Classique, aller au concert…

 

Donne-nous le mot de la fin…

            PL : Si j'avais un message à faire passer ce serait : « Démystifions la musique ». Quand on parle de musique, on s'adresse à un public averti. Or la « grande » musique peut faire peur : ma démarche, c'est de la rendre accessible.

            Et mieux vaut chanter que de prendre des anti-dépresseurs !

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